La BCE commence à préparer les esprits à la remontée des taux

Investment, interest rates and profit concept with percent symbols.

Lesechos.fr, par Richard Hiault, le 10/04/2018

L’un des membres du directoire de la BCE, Ewald Nowotny a évoqué, mardi à Londres, un relèvement des taux directeurs, sans préciser de calendrier.

Sur Franceinfo, lundi, Benoît Coeuré membre du directoire de la Banque centrale européenne (BCE) avait évoqué une croissance de la zone euro « très forte, très solide, très bien répartie ». Mardi, Ewald Nowotny, membre du Conseil des gouverneurs de la BCE est allé un peu plus loin en évoquant un changement de cap monétaire. Egalement gouverneur de la banque centrale d’Autriche, il a jugé qu’il n’aurait aucun problème pour commencer à remonter les taux d’intérêt directeurs de la BCE. D’abord par un relèvement de – 0,4 % à -0,2 % du taux de dépôt. Ensuite par un relèvement du taux de refinancement, aujourd’hui à zéro.

La BCE qui arrêtera cette année son programme de rachat d’actifs, actuellement de 30 milliards d’euros par mois,  va devoir s’atteler au relèvement de ses taux . C’est « un schéma de base », a évoqué à Londres, en marge d’une conférence Ewald Nowotny. Il n’a donné aucune précision sur le calendrier de cette inflexion de la politique monétaire européenne. La BCE n’a pas tardé à réagir. Un porte parole de l’institution a indiqué peu après que « les propos de Ewald Nowotny lui appartiennent et ne représentent pas l’opinion du Conseil des Gouverneurs ».

Aucun calendrier

Depuis plusieurs mois, l’institution francfortoise répète simplement qu’elle prévoit de maintenir son taux de refinancement à son niveau actuel « bien après » l’arrêt de ses achats d’actifs. Aucun de ses responsables n’a précisé le calendrier possible de cette remontée des taux. Certains d’entre eux ont toutefois dit n’avoir aucun problème avec les anticipations de marché intégrant une hausse du taux de refinancement autour d’avril ou mai 2019.

« L’un des arguments forts en faveur d’une décision peut-être un peu plus rapide est précisément de disposer d’une certaine marge de manœuvre dans le cas où nous observerions une détérioration de la situation économique », a argumenté Ewald Nowotny.

Pour lui,  les tensions commerciales actuelles peuvent avoir un impact sur les taux de change et inciter une partie des investisseurs à se tourner vers des actifs refuges. « Pour l’instant, je m’attendrais plutôt à ce que la zone euro serve de refuge et à ce que, bien sûr, cela ait un certain effet sur le taux de change » de l’euro, a-t-il poursuivi. La monnaie unique s’est appréciée de 14 % face au dollar en 2017 et de près de 3 % supplémentaires depuis le début de cette année. Mais, selon Ewald Nowotny, « le moment est maintenant venu d’une normalisation progressive de la politique monétaire »« Cette normalisation nécessite un équilibre délicat de mesures ainsi qu’un enchaînement soigneux dans le temps », a-t-il ajouté en mettant en garde contre le risque soit d’être trop agressif dans le resserrement monétaire, soit de le lancer trop tardivement.