Crédit immobilier : la remontée des taux se confirme


En mars, les taux sont remontés à 1,14 % et même à 1,16 % à la mi-avril, selon l’observatoire Credit Logement, contre 1,12 % fin 2019. La chute de la production pourrait être plus importante que celle de 2012. Quelque 220.000 primo-accédants pourraient se voir priver de crédit d’ici 2021.

Le mouvement est presque imperceptible mais il se confirme mois après mois. Selon une étude menée par l’Observatoire du Crédit Logement (organisme détenu par les banques) et le CSA, le taux moyen d’un crédit immobilier (hors assurance, sûretés et frais) s’établit en légère hausse, à 1,13 % sur le premier trimestre 2020, contre 1,12 % le trimestre précédent.

Ce taux reste bas, toujours en dessous de l’inflation, mais il poursuit sa lente remontée , à 1,14 % en mars et même 1,16 % à la mi-avril. Toutefois, la politique accommodante de la Banque centrale européenne (BCE) devrait réussir à contenir cette hausse.

Un recul spectaculaire de la production

Sans surprise, la production de crédit a été très perturbée par la crise sanitaire. Mais la demande de crédit avait déjà marqué des signes d’essoufflement depuis décembre 2019 avec la hausse des prix de l’immobilier et le durcissement des conditions d’octroi sous l’impulsion du Haut conseil de stabilité financière (HCSF), soucieux alors de calmer le jeu d’un marché en ébullition.

Le recul est presque sans précédent : au premier trimestre, la production a baissé de 8 % en valeur (de 12,5 % sur le neuf) et de 14 % (-25,5 % sur le neuf) en nombre de prêts. Depuis la période confinement, la production a été « divisée par deux », constate Jean-Marc Vilon, directeur général de Crédit Logement. De leurs côtés, les courtiers notent une timide reprise de la production fin avril.

Les perspectives du marché du crédit immobilier s’annoncent sombres. « Nous tablons désormais sur une chute de 26 % de la production en 2020 et de 37 % à l’horizon 2021, soit une perte équivalente à 70 milliards d’euros de production », avance l’économiste. Une baisse comparable à celle de 2012 (liée à l’arrêt des prêts à taux zéro) et plus rapide que celle de la crise de financière de 2008.

Effet d’éviction

Le changement le plus notable porte sur la structure du marché et de la clientèle. « Nous assistons à une très forte remontée de l’apport personnel, de plus de 12 % en un an, ce qui est considérable », constate ainsi Michel Mouillart, économiste, responsable de l’Observatoire. En clair, les recommandations du HCSF ont été suivies et pourraient pénaliser les ménages les modestes.

Selon l’Observatoire, le poids de ces ménages (revenus de moins de trois SMIC) a reculé à 37 % contre 40 % un an plus tôt. Crise oblige, l’économiste a même revu ses prévisions. « Nous anticipons désormais une perte de 220.000 opérations d’accession à la propriété qui ne pourront pas être réalisées faute de financement d’ici 2021, précise-t-il. Un vrai coup d’arrêt au dynamisme du marché », estime l’expert, qui souhaite, comme les courtiers, une suspension des recommandations du HCSF.