Crédit Agricole lance son offensive anti-Orange Bank


Edouard Lederer, Les Echos, le 05/10/2017

A quelques semaines du lancement d’Orange Bank, la banque verte veut frapper fort sur le terrain de la banque mobile. Son offre mobile inclura un compte courant et un moyen de paiement pour un prix très modéré. 

A la recherche d’un nouveau modèle bancaire. Alors qu’Orange a prévu de lancer sa banque mobile le 2 novembre prochain, le Crédit Agricole s’apprête à frapper fort à son tour. Selon nos informations, la banque verte va lancer une offre partant du même constat que l’opérateur téléphonique : une nouvelle génération de consommateurs exige d’accéder aussi simplement que possible aux services bancaires les plus basiques, et ce à des prix plancher. 

Tarification très faible

Le groupe va donc proposer autour de la fin du mois de novembre une offre bancaire simplifiée se composant d’un compte courant, accessible via un téléphone mobile, et d’une carte de paiement, le tout à un tarif que l’on imagine proche de celui proposé par Orange Bank.

Celle-ci affiche un principe de gratuité, mais seulement pour les utilisateurs actifs. Crédit Agricole ne s’oriente a priori pas vers la gratuité, envisageant plutôt un package bien délimité avec une tarification très faible, sans frais supplémentaires. 

Le réseau de distribution

Autre grande différence, la Banque verte entend tirer parti de son important réseau commercial : l’offre serait non seulement accessible directement sur le mobile mais aussi via les 39 Caisses régionales au travers de leurs 7.000 agences. Un client rencontrant des problèmes, ou souhaitant poursuivre vers des offres de crédit, ou d’épargne, pourrait ainsi être accueilli par un conseiller. 

Il s’agit là d’un tournant important : après s’être concentrées sur la segmentation et le service des clients à plus haut potentiel, l’arrivée de nouveaux acteurs change les règles du jeu. Les banques reviennent cultiver la base de clientèle la plus large possible avant de progressivement l’équiper.

Demain, un simple standard de marché

Le nom de cette offre reste pour l’heure secrète, ainsi que le nombre de clients visés. A titre de comparaison, Orange – qui compte 30 millions de clients dans la téléphonie mobile (dont 3,3 millions chez Sosh), contre 21 millions de clients particuliers pour les Caisses régionales de Crédit Agricole – a toujours déclaré viser les deux millions de clients en dix ans. Autre point de repère : Compte-Nickel –  ces comptes bancaires que l’on peut ouvrir dans un bureau de tabac – déclare 700.000 ouvertures de comptes depuis sa création en 2014… Mais sans rien dire des fermetures de compte.

L’offre qui sera lancée massivement par la banque verte pourrait en réalité toucher plusieurs types de besoins : ses clients actuels pourraient, comme cela s’est vu pour le Compte-Nickel, ouvrir un deuxième compte qui servirait par exemple à réaliser des achats en ligne. Il peut aussi s’agir de parents équipant leurs enfants. 

Mais l’idée est avant tout de conquérir de nouveaux clients dont les habitudes changent. Pour ceux-ci, leur donner la possibilité d’ouvrir facilement un compte à partir d’un mobile est d’autant plus important que ce processus d’entrée en relation deviendra à terme un simple standard de marché.

Un risque assumé 

Pour ne pas rater ce train, la banque verte doit accepter de prendre un risque : son nouveau package pourrait cannibaliser en partie son offre traditionnelle. De même, l’affichage de prix très faible va progressivement tirer vers le bas les tarifs que les consommateurs sont prêts à accepter. Mais ces constats sont le prix à payer pour répondre à Orange. Et tenir le plan Ambition Stratégique 2020 que le groupe a présenté en mars 2016. 

Parmi les objectifs fixés dans ce cadre aux Caisses régionales, elles doivent « accompagner les clients  notamment les jeunes dans les bons et les mauvais moments » et plus largement d’accélérer le développement par « la conquête de nouveaux clients ». L’objectif est d’atteindre sur la clientèle des particuliers un taux de pénétration de 29% à la fin 2019, contre 28% courant 2016.